LE "BIG TRIP", J-5

Publié le par JB

Le compte à rebours s’emballe et je ne ressens aucune pression particulière… le projet est pourtant d’envergure. Dans moins d’une semaine, je serais lancé dans une aventure qui ne sera pas de tout repos, pourtant je suis tranquille, les voyages dont partie de mon quotidien. J’ai le sentiment de partir en week-end à deux pas de chez moi ; d’avoir déjà fait le trajet cent fois ; un départ est un départ. C’est plutôt l’inverse qui me ferait stresser : se poser, s’installer… s’enraciner. Ce n’est pas dans ma nature et je ressens cette légère appréhension : en suis-je capable ? J’ai peur de me lasser et, pauvre enfant trop gâté par la vie, de finir par casser un jouet qui m’est cher – il me faut impérativement atteindre l’âge de raison !


JEUDI : Nonobstant un visa de transit via la Mongolie qui se refuse à moi, mes papiers sont en règle et j’ai même poussé le vice jusqu’à m’offrir une assurance voyage, ce que (d’ordinaire)  je ne fais jamais – l’air asiatique a dû me monter à la tête…  Je viens de récupérer mon passeport et je me rends compte que les pages vierges se font de plus en plus rares… dans un an, au terme de sa validité, je l’aurais sûrement achevé : voilà une belle performance ! J’en ferais un scan à mon retour sur Paris pour vous montrer l’ampleur des dégâts : sur toutes les pages dudit passeport, tampons, visa, traces d’agrafes ou d’autocollants se disputent la moindre parcelle encore blanche, et c’est dans un déluge de couleurs que s’aventure l’œil curieux – l’œil qui feuillette ce témoin d’une vie bien remplie. (Merci)


VENDREDI : Ma nouvelle carte bleue est arrivée et le monde s’éclaircit tout à coup : fini la ceinture, les restrictions et la peur du manque, je peux maintenant me faire plaisir. Je n’en reviens pas d’avoir passé près de quatre mois sans argent, à vivre de mes cours de français donnés illégalement.


LUNDI : j’ai enfin récupérer les billets du transsibérien. Après deux mois de doute, d’avancées dérisoires, d’impasses et de chausse-trapes, j’ai enfin mis la main sur le Sésame tant convoité ! (Car sans ces billets, pas de périple retour… juste un avion bancal, morne et d’un commun tout à fait mortel.) Petite victoire célébrée en silence, mes deux compagnons de route sont encore à l’autre bout de la Terre et ont d’autres préoccupations en tête (boulot, visa, scénario…)


MARDI : les planètes s’alignent les unes aux autres et je ne peux m’empêcher d’y voir un signe de bon augure. Après une semaine à se chamailler sur la date d’un restaurant en famille (personne n’ayant les mêmes disponibilités), on vient de se mettre d’accord sur jeudi soir – une décision aux points plus qu’à l’unanimité.  Cette date nous libère du coup un dernier week-end en amoureux, ce qui est hautement réjouissant. Malgré quelques leçons qui ne manqueront pas de polluer notre samedi après-midi, on pourra tout de même passer quelques heures en tête-à-tête et c’est ça qui compte.


MERCREDI : je me sens comme un voleur à l’approche de mon départ, je n’ai pas encore mis mes élèves au courant. J’avais peur qu’ils refusent de s’investir avec un gars sur le point de s’en aller, je leur ai donc caché mes desseins tout ce temps ; d’un côté, je sais qu’ils me traitent sans égard (à Hong Kong, on t’annule parfois 5 minutes avant le cours, la politesse est un concept désuet.) mais je ne peux m’empêcher de ressentir un brin de culpabilité : je n’ai pas été élevé comme ça. Pour me consoler, je me dis que je mène avant tout un business, et c’est l’argent qui commande toute décision, j’aurais tord de l’oublier. Sans cette légère omission, pas d’élève, pas de leçon… qui sait où j’en serais aujourd’hui ; j’aurais sans doute été obligé de quitter HK et de retourner en Australie, avec les conséquences que l’on devine (ou pas). Ma vie serait peut-être tout à fait différente. 

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